Le cerveau musical livre d’autres secrets…

«La musique est la langue des émotions», a déjà dit le philosophe Emmanuel Kant, mettant du coup le doigt sur une énigme qui fascine bien des scientifiques. Pourquoi la musique arrive-t-elle à nous faire pleurer, rire, frémir? Pourquoi les émotions qu’elle véhicule sont-elles reconnaissables par tous les êtres humains, quelles que soient leur langue et leur culture?

Une hypothèse veut que la musique fasse vibrer les mêmes cordes sensibles que la voix, outil essentiel à la communication humaine. Toutes deux seraient traitées par les mêmes circuits neuronaux. La musique serait en fait une «voix superexpressive», c’est-à-dire une amplification de l’expression vocale comme le sont les masques pour les visages.

Difficile à prouver. Mais pas impossible, comme l’a démontré William Aubé, doctorant en neuropsychologie au Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) de l’Université de Montréal.

«La musique est un moyen d’expression très puissant pour réveiller des souvenirs. Les expressions vocales comme les cris, les pleurs et les rires suscitent tout autant de profondes réactions. J’ai donc testé la mémoire de participants pour ces deux stimulus qui évoquaient tour à tour différentes émotions», explique le jeune chercheur.

Résultat: une étroite corrélation existe entre la mémoire des expressions vocales et la mémoire des expressions musicales chez les mêmes sujets. C’est particulièrement le cas de celles traduisant la peur et la joie. «Cela nous amène à croire qu’il y a une très forte possibilité que la voix et la musique soient traitées de façon similaire par le cerveau», conclut William Aubé.

Il en est encore plus convaincu depuis une étude effectuée en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) chez 50 participants qui lui a permis de découvrir un chevauchement entre la région du cerveau activée par la musique et celle qui est vouée aux expressions vocales. «Les sujets ont écouté des extraits musicaux, diverses langues, des bruits de klaxon et de claquements de porte, des cris, des pleurs, etc., raconte-t-il. Au terme de l’exercice, on a aussi remarqué que la musique animait un endroit précis du cerveau situé bilatéralement sur le planum temporal. Cette zone est légèrement devant celle consacrée à la voix. C’est la première fois qu’on repère de la sorte une région musicale dans le cerveau.»